Regard rapide sur Cockpit : Leiji Matsumoto X Madhouse

Un article qui ne va sûrement pas être trop long et qui vient après une envie personnelle et à vrai dire assez subite, de regarder plus d’œuvres de Yoshiaki Kawajiri. The cockpit est un regroupement de trois OAVs produis par trois réalisateurs différents adaptant le manga Senjo (champ de bataille) du célèbre mangaka Leiji Matsumoto, manga dessiné à partir de 1973 et qui est un regroupement de petites histoires. Cet animé ne brille pas vraiment de sa qualité générale, mais pourtant il est intéressant dans les thèmes abordés.

Un extrait du manga de Leiji Matsumoto proposé dans Manga ! Manga ! de F.L.Schodt

/Spoil inclued/

Il s’agit donc de l’adaptation de trois chapitres du manga :

  • Slipstream par Yoshiaki Kawajiri

Un pilote qui s’est éjecté de son avion lors d’un combat va se voir assigner le devoir d’escorter un b-22 allemand avec une bombe nucléaire.

  • Sonic boom squadron par Takashi Imanishi

Un pilote qui a perdu tous ses équipiers lors d’un premier raid suicidaire repart une seconde fois pour s’écraser avec un Ohka,  monoplace/fusé explosif destiné uniquement à se crasher sur les portes avions américains.

  • Knight of the iron dragon par Ryousuke Takahashi

Un militaire japonais et ancien motard va aider une jeune recru à accomplir sa mission en rejoignant une base aérienne malgré la fin qui semble les attendre.

Cette série de trois épisodes témoigne donc d’une volonté  de retranscrire la seconde guerre mondiale à partir du camps japonais, quelque chose d’assez peu conventionnel, du moins pour les spectateurs occidentaux. Sans rentrer dans une pensée ultra-simpliste à l’américaine, en caricaturant par exemple les kamikazes de simple fous, l’animé n’en reste pas moins au final assez moraliste sur les désastres de l’extrémisme (moral qui à première vue peut sembler assignée au camp japonais mais qui en fait englobe le concept même de la guerre) lors de cette période. The cockpit ne désigne pas ici une simple présentation de pilotes d’avion pendant la guerre, mais peut-être bien une allégorie sur le conditionnement de chaque soldat.

De manière directe ou indirecte, les trois OVAs tenteront de sensibiliser sur différents points, Slipstream portera sur le rôle de chaque homme dans une telle situation, à leur droit intime de refuser de prendre part à un tel acte quitte à le payer de leur honneur (cet OVA est d’ailleurs purement japonaise dans le sens où le pilote ne paye pas sa trahison par sa vie, comme on aurait pu le voir dans n’importe quel métrage américain, mais bien à travers son honneur). L’épisode va d’ailleurs encore plus loin dans cette démarche car ce n’est pas uniquement son attachement à la société qu’il perd, mais aussi son amour. La justice doit-elle faire payer des personnes innocentes ? Doit-on sacrifier nos proches dans le besoin de sauver des inconnus ? Ou l’inverse ? Malheureusement l’épisode ne développe pas vraiment ces bases et se contente de ne lancer que les bribes de ces pensées.

Sonic boom Squadron est quant à lui plus indirect, car sans remettre en cause le conditionnement du personnage principal (pourtant mis en avant par sa volonté primaire de vouloir à la base aller sur la lune), et ce jusqu’aux dernières secondes avant la fin, il porte tout de même un jugement critique sur le gâchis que représente une telle action et la folie qui en est le précurseur (montré cette fois-ci par la photo lâchée par le pilote). Il globalise même vers le désastre que peut amener une telle situation, en laissant à la fin l’annonce du bombardement sur Hiroshima, après ces milliers de morts. Le troisième épisode est quant à lui moins fort et moins bien construit, n’exploitant malheureusement pas tout ce qu’un épisode aurait pu proposer.

Cette série de 3 OAVs est largement dispensable, seulement il est intéressant de voir parfois ce que certains réalisateurs peuvent faire avec seulement 23 minutes, qui semblent à chaque fois terriblement courtes. Visuellement on est très proche des traits de Leiji Matsumoto, bien que les 3 épisodes possèdent chacun une touche individuelle. The Cockpit fait partie de ces oeuvres engagées et peu connues du grand public d’animation, voir même de certains amateurs. Il n’a pas le mérite de poser bien les choses, certaines idées sont lâchées bien trop rapidement et auraient largement dû être plus développées, paraissant ici bien trop simplistes. Cependant il fait partie de ces animés qui montrent que la japanime peut sortir de ses codes et proposer du contenu original tout en laissant matière à réflexion. Personnellement j’aime bien ce genre de chose de temps en temps.

3 Responses to “Regard rapide sur Cockpit : Leiji Matsumoto X Madhouse”


  • Une œuvre effectivement intéressante, car abordant des aspects de la WWII rares dans notre société perfusée par les productions américaines. Bonne en elle-même sans être forcément indispensable, elle a aussi le mérite de montrer que Leiji Matsumoto n’est pas obnubilé uniquement par l’espace, mais aussi par la WWII (cela transparait aussi dans Uchû Senkan Yamato ou le chapitre « El-Alamein » de Ging Tetsudo 999) et les westerns (Gun Frontier ou là encore certains passages de Ginga Tetsudo 999).

  • Son père était un officier dans l’armée pendant la SGM donc ça a peut-être joué.

  • Pas nécessairement, de nombreux mangaka se trouvent dans cette situation, voire y ont participé (Shigeru Mizuki). Leiji Matsumoto se passionne pour la WWII et ses outils, puisqu’il collectionne les armes à feu de l’époque.

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