Appleseed XIII – La troisième tentative ratée

J’ai regardé ce matin les 3 premiers épisodes de la série Appleseed XIII (pour 13 épisodes) et je me suis dit qu’on en avait tout de même relativement peu parlé. Appleseed est une franchise que j’ai toujours trouvé assez étrange, elle possède à la fois des résultats très moyens bien que terriblement portés sur l’innovation numérique, tout en ayant des retours économiques très mauvais, mais est aussi mis sur un piédestal devant le grand public. Alors que le 1er film n’avait même pas fait assez vente au box office pour rembourser 25% du budget de 1 milliard de yen injecté dans sa réalisation en 2004, le second film a réussi à s’octroyer un budget environ 3 fois supérieur sans pour que les résultats économiques ne soient guère meilleurs. C’est donc sans surprise que l’on a appris l’an dernier la fin du studio Micott & Basara qui avait réalisé les deux premiers films, croulant sous les dettes.

On était au courant qu’ils avaient pour idée de ne pas lâcher l’affaire, et avait même voulu faire un série TV de 26 épisodes basée sur l’histoire originale de Masamune Shirow (auteur de Ghost In the Shell) en utilisant les mêmes procédés qu’employés dans les films. Après s’être fait jeter par Gonzo qui a tout de même compris que Mardock Scramble, ça allait rapporter plus d’argent que cette série, et après avoir dû finir aux tribunaux après une bataille avec le studio d’animation RADIX mobanimation pour ne l’avoir payé comme il se doit, on a enterré définitivement le projet. La fin du studio semblait aussi entraîner la fin de Appleseed, du moins comme on l’avait connu. Pourtant c’était en oubliant un peu vite la création d’un autre projet, formé quand le studio était (presque) encore vivant en collaboration avec Production. IG et le studio d’animation Jinni. Bien que l’entreprise des réalisateurs d’origine n’a pas tenu le coup, le projet est resté vivant pour aboutir l’été dernier à la sortie au Japon du premier box blu-ray (le 3 juin dernier).

Cette série semble être entièrement réalisée en cell-shading (consistant à passer de la 3D à la 2D) comme il en a été pour les films, avec ses avantages et ses faiblesses. Je ne m’y connais que très peu en CG pour cause que je n’aime pas trop ça, le plus souvent trop mal incrusté dans l’animation traditionnelle (alors que d’autres studios comme Ghibli l’utilise de manière presque parfaite à certains moments). Le choix de réaliser une série japonaise entièrement sur ce concept a dû être un parti pris difficile à défendre pour les producteurs. Pourtant les studios d’animation utilisant de la CG ont fait de net progrès ces dernières années, alors qu’il y a quelques années on avait l’impression que tous les réalisateurs avaient choisi d’utiliser cette méthode pour animer des véhicules en mouvement (ne serait-ce qu’une séquence d’autoroute) de manière particulièrement mauvaise, elle s’est étendue à beaucoup de partie de la production. Moins chère sans doute. On assiste de plus en plus à la création de petites séries qui reposent entièrement sur cette méthode, qui nous changent un peu de l’habituel Pixar et qui ne sont pas aussi horribles que Hoshi no Umi no Amuri. Par exemple avec la production de Fireball  et de sa suite Fireball Charming qui, bien que très courtes, étaient plutôt bien réalisées (d’ailleurs produite par Jinni).

Réalisation du cell-shading pour le 1er film (source)

Pourtant la formule ne prend parfois définitivement pas quand cela touche à Appleseed et il en est de même pour cette suite. Ma première impression a été de me demander si le talent du studio Jinni n’a pas été bridé de par son budget. Les épisodes souffrent parfois d’une lenteur, d’un manque de punch qui rend la plus grande partie des mouvements ou des expressions faciales terriblement foireuse. Certaines scènes d’action sont à l’inverse très bien animées, notamment quand il s’agit des combats aériens qui donnent alors à la CG toute sa force et son dynamise. De plus le mecha-design que l’on connaît de la franchise est particulièrement bien réussi, et le concept d’amure améliorée (nommée Gyges), bien que pas totalement neuf, est assez bien exploité ici. Ces armures ne sont pas des protections qui assurent la victoire assurée à celui qui la porte, les Gyges tronquent leur défense pour une meilleur maniabilité et laissant ainsi une faiblesse bien visible. J’aime particulièrement ce concept assez classe qui met plus en avant l’agilité du pilote plutôt que celui du robot surpuissant, laissant place à une science-fi plus réaliste.

Malheureusement le reste ne suit pas, particulièrement quand il s’agit de la transposition du chara design de Takayuki Goto au résultat final que j’ai trouvé vraiment repoussant, quand ça n’inspirait pas au contraire une impression totalement neutre. Les expressions faciales sont très importantes quand il s’agit de CG, dans une série « normale », l’animation du visage des différents personnages est généralement un peu limitée et l’attention est portée sur d’autres éléments. Le peu de travail apporté ici dans le dynamisme, l’esthétique et le réalisme des expressions faciales des personnages rend la chose très peu attrayante. Ce problème ne s’applique pas au cas des robots et la différence est bien nette, l’animation de l’ensemble des mouvements du corps du cyborg Brialeos, bien que loin d’être parfaite, est assez bien réalisée, rendant l’ensemble très acceptable. Chose plus personnelle mais je trouve que l’animation des cheveux est particulièrement mauvaise, ça ne ressemble strictement à rien. Sur le terme du chara-design pur (sans penser au passage en 3D), on retrouve des physiologies à la GITS habituelles, ce qui n’est pas une surprise comme l’oeuvre originale vient du même auteur.

Sur le scénario, la série flanche aussi sur pas mal de cotés. Je n’ai pas lu le manga original donc je ne pourrais pas faire de comparaison entre les deux, bien que j’ai lu plusieurs critiques à droite à gauche, qui critiquaient certains points de l’animé, comme le fait d’avoir rendu l’héroïne trop sentimentale. Mais j’imagine que le staff s’est autorisé quelques libertés, ce qui est assez dommage quand ils ont annoncé qu’ils allaient profiter de la série pour coller au mieux avec le manga original, pour finalement annoncé un autre manga basé sur leur série (bien que supervisé par Masamune Shirow)… Avec 22 minutes par épisode, on nous sert des épisodes au final plutôt sympathiques en terme de dynamisme (ce qui aide un peu à sauver la lenteur de l’animation), le premier épisode sert d’introduction et nous introduit directement dans ce qui semble être l’intrigue principale, les deux autres épisodes se focalisent directement sur la relation entre les deux protagonistes principaux.

Le cadre importe logiquement l’univers du manga, mais avec 3 épisodes je n’ai toujours pas compris ce délire de vouloir apporter une mythologie grec mélangée à des références bibliques. Choses qui sera sûrement complètement zappée jusqu’à la fin de la série, ou alors expliquée à travers des citations douteuses un moment ou un autre. Je suis assez récessif à cette attitude de mettre des idées pareilles juste pour l’esthétique, ou alors il faut que ce soit particulièrement bien maîtrisé et que ça ne déverse pas dans l’absurde, comme c’était le cas pour Evangelion. La série se base sur une cité d’apparence idyllique, où les humains sont assistés par des biodroïdes faits de chaire et de sang avec des gènes soigneusement sélectionnés : « The hardware is human but the software isn’t ». Alors que l’épisode 3 se focalise sur cet aspect, on se rend compte qu’au final on nous donne que très peu d’éléments et ça arrête trop l’immersion dans l’univers. Comment ces individus peuvent-ils être une sorte de robot humain alors qu’on leurs a insufflés des émotions ? Cette idée que des auteurs de science-fi ont mis des années à développer dans plusieurs bouquins est présentée ici sans aucune explication. On nous propose ici et là des bribes d’informations comme il en a été dans GITS (mais qui étaient elles développées, leur donnant une toute autre dimension), avec la présentation d’une situation politique tendue où des groupuscules aux idées radicales tentent de faire passer leurs convictions par la force. Malheureusement avec le format court, tout est un peu passé à la trappe et ne fait qu’ambiance de fond.

Le second problème de la série, c’est la caractère et les réactions de l’héroïne. Déjà par des réflexions totalement à coté de la plaque, notamment lorsqu’elle se demande si la cité Olympius est bel et bien sont Eden alors qu’elle risque de perdre Briaelos à tout moment en mission. Mais pourquoi être allé dans les SWAT si c’est ça qui l’inquiète ? De plus elle fait partie de ces personnages qui vit dans les réactions extrêmes, où ses émotions vont et vient au rythme d’un métronome, a-t-on cherché un caractère qui contraste mieux à son ami plus froid et calculateur ? On regrette le personnage de GITS qui s’affinait beaucoup mieux à l’univers de Masamune Shirow. Entre les séquences mélo mélo ou les moments où elle passe juste pour une demeuré, son charisme ne va pas en s’agrandissant au cours des épisodes. Cette aspect est assez important car le nombre de personnages secondaires et d’une part assez faible et de moindre qualité, et de l’autre ils ne sont que très peu exploitée. Du coup l’essentiel de la série tourne pour l’instant autour du personnage principal, dans cette situation le charisme du héros est assez primordial.

Au final je trouve que cette série est une tentative ratée et relate plus d’une expérience, d’un test de la part des studios d’animation plutôt que d’une véritable production. Concrètement ce n’est pas totalement à jeter et il est intéressant de voir comment certaines scènes sont très bien mises en valeur avec la CG, mais de manière globale l’utilisation de cell-shading pour toute la série est foiré. Les techniques ne sont pas suffisamment au point pour produire un résultat de qualité, agréable à l’oeil, du moins avec un faible budget. Il aurait été plus adapté de faire un film à haut budget plutôt qu’une série à l’animation limitée, bien que ce soit logique que les studios se tournent sur autre chose après les échecs des deux derniers films. Ou alors il faudrait transformer radicalement le procédé, surtout avec le chara-design où la transformation en 3D pour de nouveau l’aplatir donne un résultat plus que critiquable. Malgré les progrès de la CG (oh oui) ces dernières années, il semble que l’on ne pourra pas jeter l’animation plus traditionnelle au placard. Maintenant il reste à voir ce que le suite va donner, bien que l’on imagine facilement que les problèmes liés à l’animation ne seront sûrement pas résolus entre temps. Mais je crois sans prendre trop de risque que cette série sera un autre échec commercial dans la lignée, est signera peut-être la dernière tentative pour la franchise. Production I.G aurait peut-être mieux dû exploiter l’univers d’Appleseed comme ils l’avaient fait pour GITS, en mettant Kamiyama aux commandes. L’animation a plus que besoin d’adaptations de qualité de bons univers cyberpunk.

3 Responses to “Appleseed XIII – La troisième tentative ratée”


  •  » qui nous changent un peu de l’habituel Pixar et qui ne sont pas aussi horribles que Hoshi no Umi no Amuri.  »

    Heum. C’est très loin d’être horrible.

    Bon par contre euh, autant pour le premier film je veux bien, autant le second de la franchise est lui en 3D CG machin-ça-coute-cher et y’a pas de Cell Shading dedans.
    Mais ouais, la sauce ne prend pas du tout. J’ai vu les trois premiers aussi, et même si j’ai trouvé le troisième plus sympathique c’est pas encore ça. J’attends désespérément le 4 histoire de trancher mais ça fait plus de trois mois qu’on a toujours rien :( .

    Le vrai problème avec Appleseed, c’est que le segment le plus intéressant, depuis les premières adaptations en OAV de 88, c’est le dernier film de 2007. Et bon, c’est plus un bon gros film d’action à l’américaine avec un décor et des personnages tirés du manga qu’autre chose. Je pense que ça veut tout dire sur la capacité de l’industrie à en faire quelque chose d’autre que son manga original.

  • C’est impressionnant la manière dont ils s’acharnent sur un cadavre froid. Pas un pour tirer les leçons des échecs précédents. La 3D, ça marche pas ? Faisons de la 3D encore plus moche histoire de bien plomber définitivement Appleseed !

    I.G assistait Jinni… ils apportaient les cafés ou quoi ? On ne leur a pas dit de ne pas mettre d’engrais dedans ?

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