Il y a un an j’avais fait un billet sur le projet de la Janica (Japan Animation Creators Association) de la session 2010, en relevant notamment la petite perle qu’était Kizuna Ichigeki. Pour rappel, ce projet a pour but de promouvoir des talents dans l’animation japonaise, à l’aide d’un budget de 214.5 millions de yen, alloué aux quatre studios sélectionnés sur 11 pour participer au projet. La réalisation d’un épisode d’environ 20 minutes devait suivre un processus dicté dès le départ et que les studios se sont engagés à respecter, notamment sur l’aide apportée par les vétérans de l’animation. Aujourd’hui on s’attaque à la première réalisation de cette fournée 2011 : Buta de Kazuhide Tomonaga.

Le nom de Kazuhide Tomonaga ne vous dit peut-être rien mais c’est un pourtant un artiste de grande qualité, largement oublié comme beaucoup d’animateurs clés. Âgé maintenant de 62 ans, il réalise enfin sa première production en tant que réalisateur mais a surtout travaillé sur de nombreux animé en tant qu’animateur ou mecha-designer. Après avoir suivi des cours de dessins, il rejoint le studio Tiger Production pour ensuite travailler chez OH-Production. Dans le studio Toei, il cultivera des compétences de mecha-designer, bien qu’il se définit lui-même en tant qu’animateur en priorité. Il travaillera pour Ghibli et plus particulièrement avec Miyazaki (mais il a aussi bossé sur des films de Takahata, il aura été directeur de l’animation de Pompoko) sur quelques productions, par exemple avec Conan le fils du futur. Mais c’est surtout sur le film Le château de Cagliostro qu’il se fera remarqué en animant la course de voiture de départ ainsi qu’une séquence de fin du film Galaxy Express 999.
Je n’en suis pas sûr, mais on aurait tendance à dire qu’il aurait subit l’héritage de Yasuo Otsuka, animateur important du studio Ghibli, et aura aussi été en concurrence (entendons par là une sorte d’amitié) avec Kanade Yoshinori, qui lui aussi fut un grand animateur de Ghibli. Cette particularité est intéressante car, comme je l’expliquerai plus tard, on sent bien une influence du « style » du studio dans Buta. Ce challenge entre les deux animateurs aurait été si important que Kanade aurait dit qu’il refusait d’entrer dans OH-Production pour cette raison. Pure spéculation de ma part, mais peut-être fut ce aussi le cas pour Tomonaga en intégrant jamais vraiment le studio Ghibli. Désormais ce duel n’a malheureusement plus lieu d’être, Kanada étant mort il y a trois ans d’une crise cardiaque. A coté de l’animation de très bonne scènes de séries et de films, on retiendra surtout Tomonaga comme étant l’un des premiers à savoir utiliser et à s’être intéresser presque exclusivement aux effets spéciaux, et à avoir laissé un apport majeur dans l’industrie sur ce point là. Il aura aussi marqué les productions de Lupin, en étant directeur de l’animation du film La conspiration du Clan Fuma (dont Koji Takeuchi fut le producteur, comme pour Buta), mais aussi sur Le secret de Mamo et sur Nostradamus, et encore très récemment en tant qu’animateur et story-boarder de Eternal Mermaid.

Réalisateur : Kazuhide Tomonaga – Producteur : Koji Takeuchi
Studio d’animation : Telecome Animation Film
Mais parlons un peu de l’épisode en lui-même. Buta fait partie de ces mini-production de 20 minutes qui s’auto-suffisent parfaitement à elles-même. A la fin de l’épisode, on sent tout de suit que Tomonoga a su très bien mener son bateau durant tout le temps qui lui a été accordé, l’expérience a sûrement dû jouer un rôle prédominant sur le coup. En soi, c’est déjà quelque chose de très agréable car les éléments apportés sont presque tous bien exploités, sans donner l’impression de se presser, avec aucun moment de relâchement et une fin qui se met en place de manière posée. Si le contraire a lieu dans une série TV, c’est souvent assez dommage (comme dans [C] par exemple), mais c’est catastrophique pour un épisode unique comme celui-ci. C’est donc déjà un soulagement. Mais tentons un résumé :
Dans un monde peuplé d’animaux anthropomorphes, un groupe de bandits s’attaquent à une famille pour lui voler sa carte au trésor, emportant par la même occasion le junior du groupe. Dans leur désir de conquête, les pirates viennent à engager un cochon mystérieux à l’agilité remarquable, en manque d’argent. Ce n’est que le début des ennuis quand celui-ci vient à aider le jeune prisonnier, presque à contre-coeur, mais c’est aussi la naissance d’une amitié entre les deux personnages aux caractères d’apparence opposés.
Le scénario n’a rien d’original et s’inspire librement d’anciennes productions, mais c’est pourtant aussi diablement efficace. Les animaux animés et le personnage de cochon en tant que rôle principal (Buta signifiant littéralement cochon) a aussi une arrière pensée très Ghibli non dissimulée. Tomonaga a d’ailleurs dit qu’il aurait toujours voulu faire un film comme celui de Paul Grimault : Le roi et l’oiseau (oh tiens, une autre grande inspiration de Miyazaki). Le personnage du cochon, homme solitaire au talent pourtant incroyable, n’utilisant la force qu’en dernier recours, fait tout de suite penser au héros de Porco Rosso. Bien évidemment le jeune loup possède un caractère à l’extrême opposé, avec une honnêteté naïve, une volonté et une idéalisation qui compléteront forcément avec son opposé. Le vieux apprend de la fougue de la jeunesse pendant qu’il lui inculque sa sagesse, classique. Pourtant on apprécie ce duo comme si c’était accepté d’avance, preuve d’une bonne gestion des personnages. Cette histoire d’animaux humanisés m’a aussi beaucoup fait penser aux Aventures de Buriburizaemon, le court de Crayon Shin-chan animé par Masaaki Yuasa (quelle surprise).
La série assemble une originalité très agréable et quelques clins d’oeil très sympathique. Mélanger univers imaginaire/féodale avec du mécha ? Aucun problème, on transforme le bateau en robot. L’épisode ajoute un ensemble d’éléments très appréciables, entre l’ingénieur fou qui donne une touche déjanté à la série, le trio de voleur dirigé par une femme qui restera toujours un mystère, ou la psychose du cochon envers les chats, on a des choses assez intéressantes.

Visuellement c’est aussi très bien foutu, les décors sont parfois très beaux avec un choix de couleurs claires super sympa. L’animation est digne de Kizuna Ichigeki de l’an dernier, notamment les scènes de combats qui sans être incroyablement bien animées, sont tout de même fichtrement bien foutues. D’un point de vu technique, c’est une très bonne surprise. Ojisan no Lamp, le court de l’an dernier et provenant du même studio (Telecom Animation Film) qui outre son scénario qui ne s’y prêtait par forcément, avait une animation de bien moins bonne qualité. Ça met déjà la barre bien haut pour ceux qui suivront dans ma liste.
Au final 20 minutes ça passe vite et on a pas grand chose à dire, néanmoins j’ai beaucoup apprécié Buta pour ce qu’il est. Pour moi c’est une très bonne surprise de voir le résultat de cette première production, et ça donne surtout envie de voir la suite. C’est aussi très intéressant de voir Tomonaga en tant que réalisateur, remplissant ainsi l’objectif que je m’étais fait du projet de la Janica. J’avais déjà pensé dans mon dernier billet que Buta pouvait être sympathique, mais je place encore pas mal d’espoir sur Wasurenagumo de Toshihisa Kaiya. On a plus qu’à attendre.
Quelques screens supplémentaires :



Sources : Anipage – SakugaWiki – Wikipedia [jp] - Son interview sur Orient Express




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