Ideon – A Contact & Be Invoked

Sans pour autant être un grand fan d’Evangelion, il y a une chose que j’apprécie énormément dans la série, c’est la mise en place de bio-mecha avec leur propre conscience. Sur ce point Ideon en serait le précurseur et plus particulièrement l’une des plus grandes inspirations avec le reste des travaux du réalisateur (Yoshiyuki Tomino) de Anno, raison prédominante pour voir de quoi il s’agit. Bien que j’ai tout d’abord regardé Ideon pour cette raison, j’ai assez vite remarqué que ce n’est pas que ça mais bien plus. J’ai vraiment adoré ces deux films pour plusieurs raisons, l’occasion de pondre un article dessus.

Plus qu’un article de présentation, j’aimerais aussi attaquer quelques points abordés durant les deux films, ça va donc spoiler. Comme beaucoup d’animé que je regarde et que je conseille, j’aurais d’avantage envie de vous dire de voir les films en n’y connaissant rien, car c’est tout de même ce qu’il y a de mieux pour aborder une œuvre et plonger dedans. Préparez-vous trois heures et lancer les deux films à la suite, c’est ce que je pense de plus efficace (et ne faites pas comme moi, en demandant des clés de l’intrigue entre les deux films …). L’article risque d’être assez déconstruit, je m’en excuse d’avance.

Pour ceux qui n’auraient pas lu l’article de FFenril (par exemple), il faut savoir que les deux films Ideon sortis en 1982 ont été réalisés après la série diffusée de 1980 à 1981. En réalité le 1er film Ideon – A Contact est globalement le résumé des 32 premiers épisodes sur les 39 de la série, tandis que Be Invoked retranscrit pendant les 10 premières minutes les derniers épisodes de celle-ci avant de proposer une fin plus convenable. En effet, la série n’ayant pas touché son public, il a été jugé bon de la terminer au plus vite, forçant Tomino à conclure en l’espace d’un seul épisode à la place de cinq. Je ne l’ai toutefois pas vue et donc je me garderais de tout commentaire plus précis, j’ai entendu qu’elle était malheureusement bien moins rythmée.

Dans un futur où les humains ont établi des colonies sur d’autres planètes, l’une d’entre elle a pour but de réaliser des fouilles sur la découverte d’une machine inconnue qu’ils n’arrivent pas à faire fonctionner. Un jour, alors que des extra-terrestres tentent de réaliser une mission de reconnaissance, un conflit éclate et la machine s’anime soudainement. Karala Ajiba, l’une d’entre elle, s’infiltre dans le vaisseau ennemie durant l’attaque. S’en suit alors une fuite quasi constante des derniers rescapés de la colonie prenant comme refuge le Solo Ships, tandis qu’il tente de percer le mystère de la force de Ideon, un robot humanoïde géant aux pouvoirs dévastateurs. Mais aussi l’acceptation de Karala au sein de l’équipage.

Une histoire au rythme de la guerre

Un synopsis de l’histoire n’est pas simple, car beaucoup d’éléments rentrent directement en jeu dès les premières minutes, le film ne sera d’ailleurs qu’un enchaînement à un rythme assez soutenu de scènes le plus souvent assez importantes. C’est une chose assez compréhensible quand on sait qu’il a fallu résumer un peu plus de trente épisodes dans un seul film de 1h20. C’est à la fois une grande qualité mais aussi un désavantage majeur pour le film, un avantage car on en a pour notre argent (façon de parler, il n’y a aucune édition sortie à ce jour en France), malheureusement c’est aussi un grand désavantage pour deux raisons. La première car il en va que certains éléments sont introduits et éjectés en l’espace de 10 minutes top chrono, beaucoup de personnages n’ont même pas l’occasion de réaliser une attache avec le téléspectateur. Mais c’est aussi un second désavantage quand certains points du récit ont besoin d’un minimum laps de temps pour évoluer sans que ça paraisse trop abrupte à l’écran. Si l’on prend par exemple l’intégration de Karala dans le vaisseau, cela fait tout de même assez étrange de voir qu’il ne faut pas plus de 30 minutes pour passer de l’état de prisonnière que l’on enferme dans une cage, à un membre presque intégrant des officiers de bord.

Le fait que les personnages apparaissent et meurent de manière ultra rapide possède un autre aspect super intéressant, car il instaure une ambiance très proche que celle que subit les personnages. On introduit ici la réalité d’une guerre qui touche de manière directe la population, Cosmo Yuki voit ses connaissances mourir les unes après les autres. Le plus marquant restera sans aucun doute la mort de Kitty, petite amie de Cosmo introduite en l’espace de 2 minutes et tuée juste après. Je ne sais pas si c’est plus développé dans la série (je pense que oui) mais cette démonstration représente toute la violence dans un période de guerre. On ne sait rien de Kitty, mais au final Cosmo ne devait sûrement connaître que très peu d’elle. Par cette mort soudaine, le réalisateur nous plonge dans ce monde où le bonheur est fauché en un instant par la réalité. Je pense qu’on ait bien loin d’un simple grattage de minute, et c’est très présent par la suite, devenant même par la suite la cause de la folie de Shéryl qui perd la plus rapidement tous ses proches. Cette violence n’est autre que la réalité et elle est beaucoup plus représentative que tout le sang que l’on pourrait faire couler, bien qu’aussi très présent ici et que l’on a déjà pu voir de manière beaucoup plus atténuée dans Macross DYRL sur le plan visuel. Il faut aussi noter le fait qu’il n’y a presque aucune interruption entre les assauts du Duff Clan, donnant vraiment l’impression vers la fin de Be Invoked que l’on assiste vraiment à une guerre sans fin.

Une représentation d’un groupe sous pression sans moralité – L’absence de manichéisme

Un point important que je trouve génial et que trop peu abordé dans certains animés, c’est l’aspect immoral développé : Tuer pour tuer. L’un des axes majeurs de la série tourne autour de la volonté folle de puissance et de destruction qu’apporte l’Ideon et qui n’apporte que la haine par la haine. Le Buff Clan n’est pas le mal par définition, c’est un peuple guerrier borné par une volonté de domination (d’ailleurs beaucoup de points m’ont donné l’impression que Macross s’en est librement inspiré, si Ideon ne l’a pas déjà fait avant, notamment avec le Buff Clan et toute la logique de peuple viril essentiellement composé de mâle et basé sur un code de l’honneur). Seule Karala fera figure d’exception, et bien qu’elle soit la seule, elle sera tout de même la représentante de son peuple. Mais dès le départ les deux clans sont sujets à cette tendance, notamment avec Lotta qui assassine froidement un prisonnier par simple désir de vengeance, par seul désespoir. Est-ce une solution ? Absolument pas et c’est pour cette raison qu’elle ne tue pas Karala alors qu’elle lui laisse amplement la possibilité de le faire. Pourtant elle fait mesure elle aussi d’exception, car Tomino ne cache pas que malgré tout la tuerie ne peut pas s’arrêter aussi facilement. Cette idée est très présente dans les sortes de dialogue de Cosmo amplifié par l’Ide lorsqu’il est dans le cockpit de l’Ideon. Pourquoi se battre ? Quel est le sens de ce combat ? Pourquoi tout le monde doit-il mourir ? Il a beau hurler ces questions qu’il continue à tuer des centaines de personne au même moment dans son robot. Mais c’est aussi le cas quand Sheryl kidnappe le bébé pour activer l’Ide. Du coup la guerre obtient son sens le plus réaliste et devient une mouvance qui semble ne pouvoir s’arrêter que par l’anéantissement pur et simple d’un des ennemies.

Cet aspect est d’autant plus concret que les deux clans qui se battent ne sont au final que très peu différents et forment même une seule et même espèce. La notion de race est totalement anéantie dans ces deux films et c’est la raison pour laquelle que le mot alien n’a au final pas sa place dedans. Ce contraste est très bien mis en avant, car le réalisateur prend le soin de ne pas dévoiler la chose aux premiers abords, dépliant ainsi peut-être une volonté de démontrer que ce sont en fait les deux camps qui cherchent avant tout à s’individualiser coûte que coûte. Si c’est le cas, c’est très finement joué, car c’est une représentation inverse d’un fait réel : Là où les humains cherchent à partir de leurs points communs pour se différencier, c’est ici de l’individualisation que l’on en vient à une seule et même race. Une fois de plus Karala est le personnage central (en fait je trouve qu’elle est de loin l’héroïne du récit devant Cosmo), car elle possède à la fois le même type sanguin que Cosmo lorsqu’il a besoin de sang, mais aussi car elle est capable d’avoir un enfant avec un terrien (qui équivaut à dire qu’ils appartiennent à la même race).

Parfois une image touche bien plus que certains mots, et Ideon possède pas mal de ce genre de plans que je trouve particulièrement géniaux. On voit ici le lien qui unit les deux peuples au sein de l’univers, liés par le sang. Double moralité, car à la fois cela représente le manque de logique à vouloir se différencier, mais le don du sang est aussi l’image d’une assistance et d’une ouverture à l’autre.

Le personnage de Karala et sa position

J’aimerais revenir rapidement sur ce personnage central et se position durant tout le récit. S’il y a bien une raison pour laquelle je voudrais regarder la série TV, ce serait avant tout pour voir l’évolution de Karala qui semble que trop sabordée dans le film. Car au final c’est le personnage le plus complexe de l’histoire, adoptant et étant adoptée progressivement par les humains, elle est l’unique lien entre eux et le Buff Clan. Bien qu’elle est avant tout un personnage fort dans ses convictions, elle n’en reste pas moins faible sur le plan physique. Les premières minutes met en place la situation la plus dure pour elle, à la fois rejeter par sa famille mais aussi détester par les humains. Elle finit cependant à accepter le détachement qu’elle se doit d’accomplir avec son peuple, quitte à le détruire. Je trouve que son personnage est vraiment bien foutu, le développement progressif de sa pensée et de ses actes lui donne un aspect contradictoire, entre réaliste du personnage et utopie dans ses convictions. Son détachement atteint son apogée quand elle préfère tuer sa sœur plutôt que faire mourir le bébé qui est en elle, symbole de l’union entre les deux peuples.

L’Ide et l’Ideon : Spirale versus Monster Truck

Quelques mots sur ce qui m’a fait voir en priorité cet animé, la notion de mecha possédant une âme et ayant la capacité de se mouvoir seul. Bien que cela semble être une des référence de Anno qui l’a conduit à imaginer l’Eva, les deux restent extrêmement différenciés. Tout d’abord et surtout, l’Ide ne représente pas une seule et même conscience comme c’est le cas dans Evangelion mais bien un ensemble d’entités, la 6ème civilisation. En ça, il ressemble plus à ce que sont les Spirales dans Gurren Lagann, car ils perdent une partie de l’aspect « humain » présent dans la série culte de Anno, notamment l’affinité avec le pilote, mais aussi l’individualisation que l’on pourrait accorder au robot. L’ide représente une simple conscience commune qui amène progressivement les hommes vers un but précis, et qui interagit à la fois avec l’ideon, mais aussi avec le solo ship. Contrairement à Evangelion, l’Ide semble clairement être la représentation d’un Dieu à la puissance infinie, la série fait d’ailleurs directement allusion à cet aspect religieux. Alors que l’Ide se doit de choisir parmi les bons et les mauvais, possédant un sentiment de justice, il protège l’enfant de Karala nommé carrément messiah. Si l’on accepte ça, on comprend assez facilement qu’il est en fait impossible à n’importe quel homme de saisir la puissance de l’Ide, car au fond elle les surpasse tous dans son schéma. Cosmo pose d’ailleurs une très bonne question en se demandant si l’Ide avait comme motivation de sauver l’enfant ou de tuer des membres du Buff Clan, il s’agit sûrement des deux. Cet aspect est renforcé quand l’équipe du Solo comprend que l’Ide choisira les personnes les plus altruistes, mais on se demande vraiment quel est l’intérêt de cet entité à réaliser une race commune entre les deux peuple, si ce n’est par référence à une entité divine désintéressée de sa propre personne.

De ce fait l’Ide n’est pas directement lié à l’Ideon, qui ne fait office que d’outil dans la réalisation de son plan. Le fait que cette entité ne soit pas directement liée à la machine est bien plus malléable que si elle l’était, ainsi elle arrive à la fois à créer un lien avec la machine mais aussi avec des personnages extérieurs. De ce fait, l’Ideon ne possède pas en soi vraiment d’accroche avec l’Ide, bien que celui-ci le préserve autant que possible dans le but d’arriver à son but, ce que l’on confond d’ailleurs au départ par un simple sentiment de préservation. Pourtant Tomino laisse les prémices d’une affinité avec un individu, en expliquant notamment que l’enfant entre en synchronisation avec lui, laissant penser à une relation privilégiée. Comme beaucoup de chose dans le film, je trouve qu’il a très finement jouer la carte du flou et ça rend la compréhension et le déroulement de l’histoire encore plus accrochant.

Il paraît aussi que Ideon a été l’un des premiers animés à présenter des mechas qui se combinent de manière réaliste sans mutation, et qui aurait inspirer notamment les VF-1A dans Macross SDF. Sur ce point je n’ai que trop peu d’expérience pour en parler.

Conclusion

Je suis sûr que j’ai du louper pas mal de chose, mais je suis aussi sûr qu’il y a vraiment énormément de points à débattre dans cette série. Ça reste une grande surprise et dans le bon sens du terme, je ne suis pas particulièrement habitué à l’univers de Tomino et je trouve que le travail qu’il a effectué dans ces films est vraiment impressionnant. On pourrait retenir uniquement les innovations conceptuelles apportées dans la série, ou juste le gore, cependant j’ai avant tout trouvé ces deux films vraiment bien maîtrisés. Si l’on ne se laisse pas déranger par l’aspect un peu déconstruit laissant un manque d’attache à certains personnage, c’est une très bonne expérience. J’aurais regretté que le format est imposé que certains points ne soient pas plus approfondis, qu’il n’est pas vraiment le temps de se poser, surtout que j’avais trouvé cette expérience particulièrement plaisante dans SDF Macross. Je pense que je resterais tout de même sur cette touche, de peur que la série ne me gâche cette impression de la franchise.

Sources : Le billet de DinoBleu sur TominoLa rubrique dédiée sur Counter-X

1 Response to “Ideon – A Contact & Be Invoked”


  • La série TV apporte un vrai sentiment d’isolation du Solo Ship dans sa fuite sans fin, montre bien à quel point ça use les personnages qui s’engueulent presque à tous les épisodes et surtout a une vraie progression dans son déroulement. Mais en même temps elle présente au spectateur tout le temps la même intrigue : le Solo Ship est poursuivi par le Buff Clan qui les traque via un mouchard, le Buff Clan attaque, Ideon sort et après avoir encaissé assez de coups s’active pour détruire ses attaquants. On peut aussi réinterroger sur comment le Solo Ship parvient a toujours être réparé alors qu’il est rarement ravitaillé et fortement endommagé à chaque bataille (même question pour les millions de missiles d’Ideon, ils sont stockés où ?).
    Du coup, comme trop souvent avec Tomino, ses bonnes idées sont gâchées par une exécution médiocre.

    Ideon a surtout marqué pour son second film plus qu’autre chose. Les bonnes idées de la série seront utilisées correctement par d’autres séries (Macross en premier lieu, Evangelion de son coté réinterprétera fortement chaque concept ou idée emprunté) ne lui laissant que son « à la fin tout le monde meurt » pour la postérité.

    Et la transformation des trois sol machines en Ideon n’est pas vraiment réaliste, n’en déplaise au Dino Bleu et sa vénération aveugle de Tomino, par exemple la tête d’Ideon est censée être cachée là où se situe le cockpit de l’Ideon Delta. Il y clairement apparition de parties ex nihilo à chaque changement de mode.
    Et plus que dans Macross, c’est dans Top wo Nerae! qu’il faut chercher une influence laissée par sa combinaison.

    Tu devrais aussi te pencher sur le film de Baldios, série semblable à Ideon qui a connu le même sort et dont le film résume la série et ajoute la fin prévue en à peine 2H. Là aussi ça va trop vite, mais la fin nihiliste au possible est encore plus forte et marquante que celle d’Ideon.

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