Sous les conseils émérites de Tetho après le visionnage de Ideon, j’ai regardé le film de la série Baldios de 1980, réalisée par Kazuyuki Hirokawa. Pour faire court en gage d’introduction : Baldios est dans la même lignée qu’Ideon, différent mais possédant pourtant aussi des ressemblances plus que frappantes avec son confrère (les deux séries sont diffusée durant la même année). Et donc j’aime, car bien qu’il soit rempli d’imperfections, c’est aussi de la science-fi qui cherche à utiliser un univers intéressant, tout en posant une vision plus mature qu’à l’habitude. En gros c’est quelque chose que je trouve que l’on ne voit pas assez souvent.

Après une pollution ayant détruit toute atmosphère viable sur la planète S-1, rendant la mer rouge et forçant les habitants à se réfugier dans une bulle géante, la junte militaire prend les rennes dans le but d’envahir une autre planète. Marin, voyant son père se faire tuer sous ses yeux lors du putsch, évite de peu de se faire assassiner avant de s’enfuir. Son vaisseau est alors atteint d’une mystérieuse avarie le faisant s’écraser près de la Terre. Prisonnier, il sera tout d’abord méprisé, puis devra faire le choix entre renier les habitants de sa planète d’origine ou protéger la Terre qui possède l’environnement dont il a toujours rêvé. Lui seul ayant les clés pour pouvoir se battre contre les militaires de la planète S-1, grâce au Baldios, robot géant pouvant entrer dans le sub-espace.
A première vue, la série pourrait s’apparenter à du mecha pur et simple, surtout que comme pas mal de série du genre, il y a eu un tas de marchandising avec des figurines de robots. Pourtant dans notre cas (dû moins pour le film), cette composante est fortement atténuée, voir presque omise tant on voit au final que peu de combats engageant Baldios. Non, ce qui va faire la force vive du film reste essentiellement les personnages et la thématique du pouvoir. Tout comme avec Ideon, le film va faire l’apologie de l’absurdité de la guerre. On touche aussi au climat et à la psychologie de groupe qui agit dans ce genre de moment, à la fierté absurde de certains humains, à la confrontation entre amour et haine, devoir et sentiment, et encore quelques autres sujets tout aussi jouissifs.
Il est tout d’abord intéressant de voir le travail apporté pour décrire un régime militaire fasciste, à grand coup d’allusion au nazisme. Cette société dirigée par la force n’autorise pas l’échec avec notamment une sélection à la kalachnikov, quelque chose d’assez semblable à ce que l’on a pu observer durant la seconde guerre mondiale où il valait parfois mieux se faire tuer sur le champs de bataille plutôt que de rentrer vaincu. Il y a donc une forte notion d’honneur et de supériorité de race, les habitants de la planète S-1 sont persuadés d’avoir le droit de tuer toute une civilisation pour une planète. D’ailleurs je ne sais pas si c’est abordé dans la série, mais c’est dommage de voir que toute la population de la défunte planète suit le mouvement comme des moutons. Bien qu’on se retrouve face à une sorte de manichéisme assez fort (ouh, méchant nazi), les humains ne sont pas en rades non plus, en utilisant Marin comme bon leur semble.
Les deux personnages principaux sont assez intéressants et méritent le détour. Déjà avec Marin dans son devoir de faire le choix entre patrie et idéalisme. Mais aussi avec le personnage de Aphrodia, commandeur de l’armée de la planète S-1, qui se déchire en deux entre amour et haine. Le personnage d’Aphrodia est plutôt bon dans le sens où elle fait aussi office de prisme dans les thématiques du film. A la fois complètement ancrée dans le système militaire, elle semble le désapprouver au bout d’un moment, mais elle est aussi le reflet de la haine qui est engendrée par la situation et qui semble pourtant à l’opposé de ses sentiments les plus profonds. On pourrait aussi dialoguer sur la dualité de sa personnalité, représentée de manière très bien pensée par sa tenu vestimentaire. Mais bon. Les autres personnages sont par contre le plus souvent des coquilles assez vides, sûrement plus creusés dans la série TV. Il y a notamment les Marin-scéptique (du genre à dire toutes les 2 minutes qu’il les a trahis), l’humaine qui tombe amoureuse du héros, le gentil directeur, la scientifique qui comprend tout. La réalisation s’attardant surtout sur les héros et les groupes dans leur ensemble.
Ce qui est aussi sympathique, c’est que le film réserve quelques surprises plus ou moins bien posées, jouant un peu avec le public. Tout comme avec Ideon, le rythme rapide imposé dans le but de résumer avant tout la série TV donne à la fois la chance de ne pas s’ennuyer, mais aussi le malheur de ne pas pouvoir s’attacher à certains éléments de l’histoire et à certains personnages. Sur le coup, Baldios est aussi une aventure épique, mais l’animation un peu vieille rend la chose assez terne à l’heure actuelle. Si l’on veut voir des robots qui se tapent sur la gueule, il vaut mieux voir AKB0048 Gundam Unicorn sur le coup.
Le point d’orgue de cette épopée est atteint quand on parle directement de l’absurdité de la guerre. Au fond, tout comme Ideon, Baldios est une œuvre profondément pacifique, et l’idée d’écologisme est utilisée plus en prétexte qu’autre chose. Car la thématique joue sur le besoin inconditionnel des extra-terrestres de tuer tous les humains sans pour autant endommager la planète, auquel cas elle ne serait plus habitable. Mais au cours de la bataille, cette notion disparaît peu à peu pour finalement n’être qu’un bonus, l’objectif premier étant avant tout sa survie. Le caractère profondément contradictoire de cette guerre devient ici marquant.
Au final Baldios est une sorte de space opéra pas totalement abouti, mais qui a le mérite d’aborder des sujets plus sérieux que d’habitude. L’intérêt du film est vraiment posé dans ses thématiques qu’il assumera jusqu’au bout, les 2 heures ne sont pas suffisantes pour lui donner d’autres réels avantages. Les personnages principaux sont également un point fort, et plus particulièrement Aphrodia. C’est une bonne expérience pour ceux qui veulent se frotter à une œuvre aux abords nihilistes (prenons le ici dans son besoin de retranscrire un certain réalisme), bien que ma préférence aille sans conteste à Ideon.
Quelques screens :







>les deux séries sont diffusée durant la même année
Et parallèle encore plus frappant : les deux séries furent déprogrammées brusquement avant leurs fins, forçant la création de films pour que le public puisse voir leurs conclusions.
Dommage de ne pouvoir en parler vraiment sans dévoiler le pot-au-rose qui fait vraiment son intérêt et sa force. Mais ce qui m’a le plus marqué c’est cette phrase de la scientifique vers la fin au sujet de Marin « Il aimait la Terre encore plus que vous, le terriens !« . C’est une réplique qui a une force incroyable.
Je te conseille aussi de jeter une oreille au générique de fin de la série et ses superbes paroles tellement dans l’esprit de l’œuvre.
http://www.youtube.com/watch?v=YkiXat63aVM
Le soleil assombrit, un rêve de plus vient de mourir
Et malgré ça, partiras-tu Marin ?
Et malgré ça tu partiras, Marin
Tant que les pétales de la vie de quelqu’un s’envoleront dans le vent
Tu traverseras le désert de la haine en quête de l’oasis de l’amour
Partiras-tu en silence, Marin ?
Tu partiras en silence, Marin
Car tu es un homme
La réplique vient du professeur lors de sa rencontre avec le gouverneur en fait. J’ai hésité entre dévoiler les clés de l’intrigue, notamment concernant les origines de la planète S-1 qui sont pour moi 100x plus importantes que la conclusion du film. Mais ça reste un billet pour donner envie, j’avais fait ça pour Idéon car on pouvait se référer au billet de FFenril si on voulait pas se faire spoil, mais y’a moins d’avis sur baldios, et ce serait dommage de dégouter certains de voir le film uniquement pour cette raison.
Mais je sais pas si c’est moi, mais je trouve que ce sont des mini space opéra très réfléchis, sur la forme ce n’est pas abouti mais sur le fond y’a vraiment quelque chose. Quand tu parles des paroles du générique ou des dialogues, c’est ce qu’on remarque tout de suite. C’est creusé et surtout ça a la conviction d’apporter un véritable message. C’est un peu ce qui manque à l’animation contemporaine, du moins pour certaines séries, ou alors je me fais des idées …