Le futur de l’animation peut-il se situer en Corée du Sud ?

Encore une question que je pose sans avoir la réponse. Récemment, on a vu la propagation de la musique pop coréenne (abrégée K-pop) en occident, prenant la place de la J-pop et de son Visual Kei vieillissant. Du coup la Corée du Sud semble avoir les yeux plein d’étoiles et a le droit de voir grand, observant bien comment son homologue orientale en a tiré profit. Longtemps et toujours considéré comme un site de sous-traitance d’animation (et pas que d’animation d’ailleurs) japonaise et américaine, l’animation et les productions 100% coréennes sont très discrètes et se comptent sur les doigts d’une main. Quelques long-métrages ont pourtant réussi à avoir un peu d’éclat, citons par exemple Wonderful Days réalisé par Kim Moon-Saeng mais qui reste cependant assez calqué aux productions japonaise (rythme lent, surtout posé sur une ambiance), ou alors Aachi & Ssipak de Jo Beom-jin, qui lui est carrément indéfinissable (image du haut).

 La première question reste à savoir si le gouvernement coréen va profiter de l’exposition de sa musique pour faire émerger un pôle plus important dans l’animation, car faire un animé en Corée du Sud n’a rien de facile pour le moment, du moins d’après les dires de Jo Beom-jin (les bonus DVD sont d’ailleurs pas mal, c’était vraiment une équipe presque amateur) – la production de son film a été arrêté plusieurs fois pour cause budgétaire. Rien n’est moins sûr, tant le secteur est sous-développé pour le moment. Surtout qu’à l’instar de cette vague de fan du Japon, qui aimait J-pop et manga, cette nouvelle génération semble plus se retrouver dans les dramas, où les idoles des labels musicaux y sont portés de manière presque automatique.

Comme question subsidiaire, il est intéressant de s’imaginer sur la direction artistique de cette hypothétique vague d’animateurs coréens. Les quelques productions semblent prendre leurs racines dans l’animation japonaise qui semble avoir essentiellement nourri les amateurs coréens d’animation, cependant ses artistes cherchent aussi à se différencier de l’animation japonaise. La même chose en différent pourrait être le mot d’ordre. Entre tradition et modernité ? (bon ok, elle était facile celle-ci). Si c’était le cas, je trouve que cela pourrait-être très intéressant pour le monde de l’animation, et pourrait donner du renouveau à une animation orientale trop souvent identifiée à certains critères. Quelques structures telle que la SICAF tendent aussi à faire émerger des talents, bien que le festival est plus représenté par de l’animation japonaise et occidental que par celle de son pays d’accueil.

Il ne reste plus qu’à savoir si cela relève vraiment du rêve ou si il y a une réelle possibilité. En attendant il me semble indispensable pour que cela réussisse que des efforts soient fait rapidement, si le fan occidental a tendance à apprécier les sub-cultures qui se joignent (donnant la réflexion stupide qu’un amateur de manga est forcément admiratif de l’archipel en général), il serait dommage que le soufflet se dégonfle avant que rien ne soit vraiment fait. En attendant je ne peux que vous conseiller de vous intéresser un peu à l’animation coréenne, dont voici quelques courts (quelques un ont été diffusés au centre Pompidou la semaine dernière), par forcément très représentatif pour autant :

Rappelons aussi que AAchi & Ssipak et Wonderful Days ont été édités en France pour ceux que ça pourrait intéresser.

Edit document [04/06] : Un reportage d’un animateur américain (LeSean Thomas) ayant bossé 2 ans en Corée.

8 Responses to “Le futur de l’animation peut-il se situer en Corée du Sud ?”


  • Il n’est plus une édition de l’International Animated Film Festival (Annecy, Ottawa, Hiroshima, Zagreb) sans au moins deux ou trois long-métrages coréens dans sa sélection officielle, par conséquent la question de l’essor du pays du matin calme sur le marché de l’animation ne se pose même pas. D’autant que, contrairement à ce que l’on croit souvent, la production coréenne tente de plus en plus de se distinguer de celle du voisin japonais en s’adressant à deux publics souvent boudés par l’archipel : d’un côté les enfants (« Leafie Hen Into The Wild »), et de l’autre les cinéphiles avec des thèmes plus sociaux (« The Story Of Mr Sorry »), symboliques (« Jib ») ou une forme auteurisante austère. Il y a des progrès à faire côté divertissement et efficacité – les budgets low-cost n’aident pas – mais on ne peut pas nier que le boom général du cinéma coréen, dans un pays vivier de la sous-traitance pour les séries étrangères, ait engendré une dynamique au niveau du dessin-animé local.

  • C’est vrai, et pas seulement pour les longs-métrages en plus. Malheureusement je trouve que ces prod n’ont que peu de rayonnement sur le public occidental, après je ne sais pas entre les réalisateurs. Par contre je reste assez certain de la difficulté de réaliser une telle production en Corée, du moins en comparaison à d’autres pays. Merci de ton commentaire en tous cas.

  • Ça serait logique. Il y a en tout cas pas mal d’ingrédients. C’est aussi en miroir l’une des raisons, pour moi, de l’absence d’une génération qui prendrait la relève au Japon. A toujours délocaliser, les animateurs nippons ne peuvent plus acquérir l’expérience nécessaire. Et comme avec leur politique isolationniste les Japonais ne feront jamais appel aux Coréens, si renouveau il doit y avoir il aura lieu au pays du Matin Calme. Ou en Chine (cf Tibetan Dog).

    Le tout sera de savoir comme tu le pointes si les gouvernements respectifs aideront ce pan culturel comme on pu le faire les Japonais.

  • Yuasa a fait appel à EunYoung Choi pour la majorité de ses projets ! :D

  • Bien la preuve qu’il fait partie du haut du panier :D mais c’est à des postes clés qu’il faut les mettre : direction de l’animation, artistique voire même réal.

  • (EunYoung Choi est une fille)

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