Plus je regarde des animés, plus je trouve ça fou que je découvre encore des productions dont je n’ai jamais entendu parlé pendant 5 ans et qui sont pourtant des perles géniales. Vous vous en doutez mais Robot Carnival en fait parti et il mérite amplement un billet pour que je puisse vous dire tout le bien que j’en pense.

En fait il ne faudrait pas que je parle de Robot Carnival comme une unité, car ce « film » datant de 1987 regroupe en réalité 9 court-métrages par plusieurs réalisateurs, tournant autour du même thème mais avec des approches très différentes. Cette propriété est une force du film : Tantôt un court n’est qu’un déferlement d’action et de combat, un autre aborde une histoire d’amour, alors qu’un troisième est beaucoup plus contemplatif. Mais la grande classe de cet ensemble est qu’au final on se plaît plus ou moins à apprécier tous les travaux.
Liste rapide des différentes parties :
- Intro/Ccl : Katsuhiro Otomo et Atsuko Fukushima
- Franken’s Gear : Koji Morimoto
- Deprive : Hidetoshi Oomori
- Presence : Yasuomi Umetsu
- Starlight Angel : Hiroyuki Kitazume
- Cloud : Mao Lambo
- A tale of Two robots : Chapter 3 : Foreign invasion : Hiroyuki Kitakubo
- Nightmare : Takashi Nakamura
Il y a plusieurs raisons qui font que je considère maintenant Robot Carnival comme un indispensable, la première et la plus importante pour ma part reste son animation magnifique. Ces OAV représentent ce qui était possible il y a maintenant presque vingts ans sur le plan technique, l’animation est vraiment superbe et ça vous fout tout de suite une claque. C’est d’autant plus précieux pour ma part que je reste un grand fan de ces animés à l’animation traditionnelle peaufinée au possible, c’est un véritable bijou artistique et technique. C’est d’ailleurs grâce à ça que l’on peut apprécier tous les courts présentés, voir d’autant plus pour ceux qui sont avant tout axés sur l’action. Rien que sur ce point, ça reste encore très étonnant de voir que cet animé ait pu voir le jour. J’ai tendance à noter le début du cyberpunk (et du steampunk, qui bien que différent sur la forme, semble avoir évolué de manière parallèle) avec Megazone 23 en 1985, puis ensuite avec le film Akira en 1988. Robot Carnival est donc réalisée durant cette période, et le voir obtenir autant de fond reste quelque chose qui me surprend encore. Est-ce parce que le studio A.P.P.P semble avoir des relations privilégiées avec K. Otomo en réalisant aussi 4 ans plus tard Roujin Z du même auteur ? J’avoue ne pas vraiment avoir la réponse, seulement je me réjouis qu’une telle chose ait pu se faire au final.
Cet aspect est d’autant plus surprenant qu’il s’agit pour la plupart de leur première réalisation, pourtant c’est ce même travail qui semble avoir inspiré par la suite beaucoup d’autres réalisateurs dans le genre. Et sur le coup on a du beau monde : Koji Morimoto pour lequel j’ai été étonné d’apprendre que c’est dans cette prod. qu’il sera pour la 1ère fois réalisateur, Yasuomi Umetsu (qui sera par ailleurs beaucoup impliqué par la suite dans les trois épisodes de Megazone 23), Takashi Nakamura qui sera directeur artistique sur Akira l’année suivante, mais aussi Hirayuki Kitakubo, le futur réalisateur de Roujin Z.

L’ambiance donnée dès l’introduction est tout aussi géniale que son animation : Un char immense ressemblant à une sorte de fête foraine mobile, rase tout sur son passage et sème la peur et la mort à coup de feux d’artifices mortels. Ce délire inspiré par K. Otomo et Atsuko Fukushima donne tout de suite une idée sur ce désir d’innovation et de création qui est insufflé dans l’ensemble de ces courts. Le thème fédérateur reste la robotique, mais comme beaucoup de projet de ce type, l’approche peut être très très différente en fonction du réalisateur, elle le sera d’ailleurs pour chacune des parties. K. Morimoto réalise ainsi une sorte de remake de Frankenstein dans une ambiance steampunk géniale, tandis que Hiroyuki Kitakubo se penche sur du giant robot mais de manière décalé et humoristique. Si cet ensemble hétéroclite fera le bonheur des uns (comme moi), je me doute assez facilement qu’il ne sera pas du goût de tous. Difficile d’apprécier à la fois l’aspect très shonen de Deprive pour ensuite s’attaquer à du shojo pur et dur avec Starlight Angel, pour finir finalement sur l’oeuvre contemplative et poétique qu’est Cloud. Il faut avoir un minimum de recul pour apprécier pleinement le contenu de Robot Carnival et son aspect diversifié.
Bien évidemment, certains passages resteront plus intéressants que d’autres selon la personne. J’ai particulièrement apprécié Nightmare de Takashi Nakamura ainsi que Presence de Yasuomi Umetsu (la plupart des gens restent assez unanime sur la qualité de celui-ci), mais le défunt Valmy semble avoir d’avantage apprécié Cloud de Mao Lambo par exemple, que j’ai aussi aimé bien que je l’ai trouvé un peu trop abstrait. Je pourrais faire une review de chaque épisode, mais d’une part je n’en ai aucune envie, et ensuite le travail a été fait à plusieurs reprises par d’autres personnes. Comme d’habitude, j’aurais d’avantage tendance à vous conseiller de regarder avant tout les épisodes en question, pour les autres vous pouvez regarder le billet linké juste avant. Il semble y avoir aussi beaucoup de références (en partie données sur wikipedia), je dois avouer ne pas en avoir saisi une seule durant mon visionnage …
Si chaque partie peut/se doit d’être considérée comme unique, l’ensemble qu’est Robot Carnival prend toute sa force dans son ensemble. Quelques courts sont indéniablement des perles de l’animation japonaise, travaillés sur le forme et sur le fond et qui sauront convaincre la plupart d’entre vous, mais comme dit auparavant cet ensemble mérite d’être vu ne serait-ce pour sa qualité technique. Je ne sais pas si ces OVA sont majoritairement méconnus ou si c’est uniquement moi qui suis passé malencontreusement à coté de cette perle. Peut-être qu’elle n’a pas eu le succès qu’elle aurait pu mériter en étant dans l’ombre de Akira apparu un an plus tard, cependant elle mérite d’avantage d’exposition au sein du public et reste pour moi une oeuvre majeure dans l’avènement de l’univers de la science-fiction dans l’animation japonaise, bien que d’une manière différente des séries mechas.




« Je ne sais pas si ces OVA sont majoritairement méconnus »
Je pensais plutôt l’inverse, que Robot Carnival faisait parti des classiques que tout le monde connait (surtout dans cette sous-catégorie luxueuse et tellement remplie de bonnes surprises qu’est le film d’animation à sketches), mais j’ai la chance d’appartenir à la génération qui l’avait vu dans un théma sur Arte « Manga » en 98 (amputé de ‘Présence’ il est vrai) et encore avant d’en avoir vu des extraits à la télé au moment de sa diffusion à la biénnale d’Orléans, donc je suis biaisé. Mais comme tu dis, du simple fait de son staff, ça reste un titre difficile à ignorer.
« J’ai tendance à noter le début du cyberpunk (et du steampunk, qui bien que différent sur la forme, semble avoir évolué de manière parallèle) avec Megazone 23 en 1985″
Ta question des débuts du cyberpunk (partant du principe que tu parles avant tout de l’univers visuel) au Japon est intéressante !
Applessed (version manga) débute aussi en 85, comme Dirty Pair (laquelle propose ce délire architectural qui sera un grand classique de la SF japonaise sur la fin de la décennie : l’arcologie, en l’occurence avec la tour Damoclès).
Votoms en 83 proposait une ambiance SF noir louchant vers le (cyber)punk au moment de l’arc de Voodoo city. La même année, la télé japonaise Mirai Keisatsu Urashiman qui me semble évoquer aussi la parodie de toku que de cyberpunk (Neo-Tokyo, la date indiquant un futur proche – 2050, etc).
Oui, c’est fort possible que ce soit en fait assez connu, je me basais sur mon expérience personnelle sur le coup mais j’avais aussi vu sur wiki que ça avait été diffusé dès 98 sur Arte. Seulement durant mes « recherches », j’ai remarqué qu’on en parlait très peu, même sur des forums comme MATA.
Pour le début du cyberpunk, c’est vrai qu’il faudrait corréler ça avec d’autres choses, mais je sais que Otomo avait dit que c’était essentiellement Starwars à la fin des années 80 (je ne sais pas quand il a été diffusé la 1ère fois au Japon) qui avait inspiré pas mal de réalisateur. Megazone 23 est aussi considéré comme la 1ère prod réellement cyberpunk mais il y a sûrement des travaux abordant cette tendance quelques années avant. Mais c’est vrai que le gang de motard m’avait aussi fait pensé à ça dans Votoms !
Hum. Déjà tu me changes tout ses Tasuomi and Yasuomi !
Sinon, le cyberpunk, c’est pas un coté « sf » et un coté « punk » hein. Armitage c’est du cyberpunk, Kokaku Kidotai aussi. Appleseed je suis pas convaincu pour le coup. Y’a quelques éléments mais comme tu dis si c’est les débuts ça reste brouillé.
and ? C’est pas Yasuomi ? Sinon c’est corrigé.
C’est vrai qu’il faudrait déjà convenir d’une définition précise, j’ai l’impression que le cyberpunk animé est plus influencé à ses débuts par le style visuel SF-noir d’un Blade Runner que par les histoires de décomposition sociétale sous l’influence de la technologie d’un Gibson.
Applessed c’est vrai que c’est peut-être plus un univers post-apo (au début) qui rencontre Le meilleur des mondes….
« Megazone 23 est aussi considéré comme la 1ère prod réellement cyberpunk »
Source http://www.mad-movies.com/forums/index.php?showtopic=33231&view=findpost&p=1834903 j’imagine ?
« à ses débuts »
(…et puis bien plus tard, on a Serial Experiments Lain)
Non même pas, j’avais lu ça il n’y a pas longtemps noir sur blanc sur wikipédia, mais mon avis ne vient pas de là mais de quelques discutions que j’avais eu avec d’autres personnes quand on parlait des OAVs.
Le premier Megazone avait déjà des éléments empruntés au cyberpunk mais thématiquement, la part 1 est surtout une gigantesque déclaration d’amour au Tokyo et à la pop-culture japonaise des années 80.
J’avais voulu écrire « en »….je fais trop d’anglais en ce moment ça me brouille.
Mais ouais voila, ça me fait plus penser à du Mad Max X Big brother Appleseed.
Bon Megazone 23 j’ai pas vu encore donc je dis rien :p, mais je viendrais faire un tour vous embêter quand ENFIN j’aurais trouvé ce premier épisode qui marche.