J’avais envie de réagir à cette nouvelle, celle du licenciement de plusieurs animateurs Disney opérant notamment dans l’animation traditionnelle. Pour moi, parler de ce sujet n’est pas chose facile et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord car il est maintenant très difficile de séparer succinctement l’animation qualifiée de traditionnelle à celle de synthèse, le récent et primé court-métrage Paperman nous le rappelle assez bien en mêlant étroitement ces deux supports. Ensuite car la « décadence » de l’animation traditionnelle est une chose amorcée depuis maintenant des dizaines d’années, ce qui est très loin d’être nouveau contrairement à ce que certains pensent. Et finalement car l’animation traditionnelle est liée étroitement à une animation qui me tient particulièrement à cœur et que je n’ai jamais eu vraiment le courage de déballer ici sur ce blog.

J’ai eu la chance de naître au début des années 90, période où la société Disney a retrouvé un nouvel âge d’or. Et bien que je n’ai pas été directement affecté par la chose, j’en ai agréablement subi l’héritage. Mes classiques d’enfance resteront à jamais des dessins animés comme Aladdin, qui ont sans doutes marqué ma jeunesse à tout jamais par leurs qualités. Je suis et je reste quelqu’un de très attaché à l’animation traditionnelle dans sa forme la plus pure, bien que cela ne veut strictement plus rien dire à l’heure actuelle car n’existant plus du tout. J’ai toujours tendance à comparer l’animation aux films réalisés en prises de vues réelles, notamment afin de prendre en compte les avantages de chacun. La valeur essentielle et intrinsèque de l’animation reste sans nulle doute pour moi sa liberté totale dans sa créativité, et c’est quelque chose à laquelle j’accorde énormément d’importance. A mon sens l’imaginaire du réalisateur voire même de l’animateur peut transcender une scène afin de la rendre plus vivante que jamais, de cette manière j’accorde un immense respect pour le travail réalisé dans Aladdin, car c’est un film qui n’aurait jamais eu autant de force s’il avait été réalisé sur un autre support que l’animation.
Je le soulignais par ailleurs dans ma review sur Ernest et Celestine, l’animation traditionnelle peut apporter beaucoup par l’imaginaire. Je revoie notamment cette scène où l’armée de souris s’agglutine en une seule masse immense, afin de souligner cet aspect de vague indomptable et insurmontable de souris, ce qui est typiquement quelque chose d’impossible en prise de vues réelles ou même en animation de synthèse. Masaaki Yuasa en parlait notamment dans son interview sur (notamment) Mind Game, où il faisait par ailleurs la comparaison entre l’animation traditionnelle et l’animation digitale utilisée parfois dans son film. Le digitale bien que plus efficace laisse tout de même une certaine rigidité dans son résultat.
On est loin maintenant de l’époque où l’utilisation de l’animation digitale dans les séries japonaises se limitait le plus souvent à l’animation de super moches voitures en 3D. Depuis beaucoup de progrès ont été réalisés, et même récemment de très beaux courts réalisés dans cette lignée ont vu le jour. Il ne s’agit pas de dénigrer l’animation digitale au profit de l’animation traditionnelle, notamment pour les raisons citées en introduction, mais il est dommage de constater que l’animation traditionnelle perd toujours plus de terrain face à une animation moins personnelle, moins individuelle et plus uniformisée. Et il suffit de regarder les dernières productions des grosses boites américaines pour s’en rendre compte, bien que l’animation traditionnelle n’est pas morte, du moins pas en France comme le montre beaucoup de réalisateur d’aujourd’hui. Mais j’ai tout de même peur qu’un jour elle soit totalement perdue, que je ne trouve plus du tout mon compte dans cette animation de synthèse, de ne plus être sur le cul après une scène d’animation qui regorge à elle seule tout un talent créatif. Une partie de l’animation que j’affectionne se meurt, et les licenciements réalisés dans les locaux de chez Disney sont là pour me/nous le rappeler.
Pléiades